Samedi 18 mai 2013


Je rencontre beaucoup de chrétiens qui se posent des questions sur la « qualité » de leur foi, et  c’est pour la juger insuffisante, pauvre, un peu minable ou ratée. Ils se jugent sévèrement et ressort très souvent ce complexe du manque de culture. « Je ne lis pas assez », « je ne me cultive pas assez », « je ne sais rien de ce qu’on dit les grands théologiens », « j’ai vraiment une foi trop simplette »…

Moi aussi, je déplore parfois la pauvreté intellectuelle et culturelle de ma foi. Je suis paresseux, et même si je suis attiré par eux, je ne lis pas le quart des livres que j’achète pourtant sur ce sujet. Je sais que je ne suis pas un intellectuel et j’ai bêtement un petit complexe qui me fait me demander d’emblée, dès le moment où j’ouvre un livre : « est ce que je vais être capable de le comprendre ? » Et si je bute en effet sur les premières pages, parfois un peu ardues, j’ai trouvé alors un bon prétexte pour passer à autre chose : preuve m’est faite que je suis incapable de lire ce livre, je l’avais bien dit.

Certains, plus avancés que moi dans le domaine de la culture théologique et religieuse, sont effarés parfois de mon inculture. Ils le cachent poliment, mais je vois bien qu’ils sont consternés. A l’inverse, d’autres me prennent pour un érudit et me demandent des conseils éclairés (s’ils savaient!) ou de venir tenir des conférences sur des sujets abstraits dont je me sens incapable de parler, connaissant dans l’intimité mon incompétence.

Au fil du temps, et sans m’exonérer de devoir me cultiver tout de même un peu plus, je suis arrivé à cette heureuse conclusion qu’il n’y a pas une foi, une seule foi, la bonne, l’unique. Mais qu’il y a autant de fois que de croyants. L’évangile du jour (Jean 21,20-25) nous montre bien que Jésus n’attend pas une foi universelle, mais qu’il tient compte des individus. A Pierre, le bouillonnant, il demande de le suivre, de vivre la foi comme une aventure, sans se poser trop de questions. Il lui raconte une histoire d’amour, une passion en mouvement. A Jean, qu’il aime aussi, il reconnaît une foi plus statique, contemplative. C’est une autre histoire d’amour qu’il va vivre avec lui.

Deux jeunes d’une cité défavorisée, qui n’ont fait aucune études tombent amoureux l’un de l’autre et vivent une authentique histoire d’amour. Au même moment, à quelques kilomètres de là, deux professeurs de philosophie se rencontrent et tombent eux aussi amoureux l’un de l’autre et leur vie en est changée à jamais. Les petits jeunes construisent leur vie et leur amour en le faisant plutôt qu’en en parlant. Les deux érudits, plus âgés, vivent leur amour en en parlant beaucoup ; ils ont une facilité de la parole, ils ont à leur disposition une grande culture, ils manient les idées, les concepts avec plaisir… Lequel des deux amours est le plus valable, le plus authentique ? Aucun des deux. Y en a-t-il un qui a plus de valeur que l’autre, ou moins de valeur ? Non. Ce sont deux histoires d’amour très différentes, mais aussi belles l’une que l’autre.

Il en va de même pour la foi, qui est l’histoire d’amour que nous entretenons avec Dieu. L’amour est universel, tout le monde le connaît, peut en parler, mais chaque amour est unique. Chaque foi aussi est unique, particulière, étonnante. Elle trouve son petit chemin bizarre en chacun d’entre nous de façon différente et c’est même un plaisir de comparer ces différences, qui mènent à un si grand amour.

N’ayons donc pas d’inutiles complexes ; que nous soyons fonceurs et entiers comme Pierre, silencieux comme Jean, incultes ou agrégés, aimons notre Dieu avec joie et bonheur, laissons-nous aimer par Lui et distribuons le trop-plein de cet amour à tous ceux qui ont faim et qui le demandent.

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Samedi 11 mai 2013


Oui, nous autres chrétiens avons de la chance.

Nous avons rencontré Jésus, il est entré dans notre vie, l’a transformée à jamais.

Il nous aime, chaque jour, jusqu’à la fin des temps. Nous sommes aimés inépuisablement. Que demander de plus ?

Et puis nous pouvons le retrouver chaque jour, dans l’Evangile.  Il est là, tout entier, pour nous.

Sa Parole nous construit, nous grandit, nous guide, nous éclaire dans la nuit. Nous pouvons nous reposer sur cette Parole à tout moment. Que demander de plus ?

Et puis nous ne sommes pas seuls, nous sommes une grande famille de pélerins qui cheminons ensemble, depuis deux mille ans, chaque jour et aujourd’hui et demain encore. Nous sommes tous uniques, nous sommes tous différents, nous ne sommes pas toujours d’accord, mais nous marchons derrière lui et cela fait de nous des frères et des soeurs.

Et puis nous pouvons faire découvrir Jésus à ceux qui ne le connaissent pas. C’est un beau cadeau que nous avons dans nos mains.

Et puis nous avons la prière. La prière, ça marche ! Vraiment ! Notre prière change le monde, elle est écoutée. Quand on frappe, on nous ouvre, à nous autres ! Alors frappons, et fort ! Faisons-nous entendre dans le silence de notre prière, et prions, prions chaque jour, prions sans cesse, car en attendant d’être exaucés, la prière nous guérit.

Que demander de plus ?

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Samedi 4 mai 2013


Non, je ne suis pas digne de te recevoir chez moi.

Je suis farci de petites peurs, d’élans minables, de pensées étriquées.

Et pourtant j’écris sur toi, Jésus. Je raconte sans relâche notre rencontre.

Je parle de toi aussi, je révèle à qui veut bien m’écouter combien je t’aime.

Je publie des livres, sans retenue, sans pudeur. Je me mets sur le devant de la scène. Je laisse les gens me lire.

Mais je ne suis pas digne de te recevoir et je tiens à le dire haut et fort, pour qu’on ne me prête aucune qualité particulière, aucune autorité.

Je suis un pélerin qui chemine, comme tous les autres. Je fais un peu plus de bruit, voilà tout ; parfois je ferai bien de me taire aussi.

Je ne suis pas digne de te recevoir, mais je te reçois quand même.

Et avec joie, avec fierté ! Avec toi je chemine un peu plus vaillemment, tout me paraît plus léger, plus limpide.

Et je te remercie de venir demeurer en moi, moi qui suis si petit et minable.

A dire vrai, je n’en reviens toujours pas.

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Samedi 27 avril 2013


Quand on me demande ce que la foi a changé dans ma vie, je pense à beaucoup de choses, bien sûr.

Par exemple j’ai moins peur. Moins peur de tout. Quand on a Jésus dans sa vie, avec soi, chaque jour, on se sent plus en sécurité.

Je suis moins sensible à ce qu’on pense de moi aussi, et ça, c’est un vrai progrès. Quand on se soucie moins du regard des autres, on devient plus authentique, plus sincère, plus vrai. Plus libre aussi.

Je relativise mieux l’importance des choses peut-être, comme si le regard de Jésus, par dessus mon épaule, m’éclairait.

J’ai augmenté ma capacité à aimer, qui était faible, atrophiée, un peu minable. Ce n’est toujours pas glorieux, c’est toujours insuffisant, médiocre, mais ça progresse. Vraiment.

Malgré ces exemples encourageants, il reste toujours un combat qui me donne peu de satisfactions, c’est celui que je mène au quotidien avec mon insatiable ego. J’en parle souvent avec ceux dont l’avis m’importe, pour connaître leur opinion. Ils sourient, car ils connaissent eux aussi bien le problème. Cette semaine, une amie m’a regardé avec bienveillance et m’a dit : « tu ne peux pas le combattre et l’affronter directement, car il gagne toujours. En revanche, tu peux le regarder faire… »

J’ai trouvé ce conseil merveilleux. Le regarder faire, c’est déjà s’éloigner de lui, prendre du recul, et la distance nécéssaire pour se moquer de lui.

Plus tard, j’ai reçu une lettre qui m’apportait un autre éclairage sur la question. Marthe Robin à qui l’on demandait : « alors, il faut se dépasser? » répondait « Non, il faut se renoncer. »

Vaste programme…

Je préfère encore ce conseil de Bernanos : Il est plus facile qu’on ne le croit de se haïr, la grâce, c’est de s’oublier.

Merci, Seigneur, de veiller sur tes brebis tremblantes.

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Samedi 20 avril 2013


Bien souvent, j’oublie qui est Jésus.

Je ne le renie pas, non. Au contraire, je le « range » dans mon petit tabernacle personnel, comme le prêtre range les hosties et les ferme à clé. C’est fait avec un respect infini. Dieu est à sa place, quelque part dans mon coeur, et je peux enfin m’adonner à mes occupations bien tranquillement.

Je suis satisfait, avec le sentiment du bon gars, qui a Dieu dans son coeur et peut le « sortir » à la moindre occasion.

Mais Jésus ne se laisse pas enfermer, heureusement.

Il se rappelle à moi, quand je ne m’y attends pas.

Cette femme qui a toujours un malheur au bord des lèvres à vous raconter et que j’essaye d’éviter,  me tombe dessus, « comme par hasard » et je décide de l’écouter,  pour la soulager un peu. Je conduis dans les embouteillages et soudain l’amour de Jésus m’envahit à me couper le souffle…

C’est parce que j’ai oublié que Jésus est là, tous les jours, avec moi, à tout moment.

Jésus nous parle, il ne nous dit pas que des choses compliquées à comprendre, des paraboles dont il faut méditer le sens, des injonctions qui nous paraissent scandaleuses, incroyables… Jésus nous dit aussi   »viens », « suis-moi », « venez, mangez »…

L’autre soir, une dame me disait qu’il y a des trésors dans la liturgie de la messe. J’étais d’accord, même si je n’en comprends toujours pas la moitié. Je lui disais la phrase qui me touche le plus, tant elle me colle à la peau. C’est « ma » phrase, que j’attends chaque dimanche : « dis seulement une parole et je serai guéri ». Un jour un homme m’a dit une phrase et c’est comme si Jésus m’avait donné une pichenette, m’avait enfin réveillé, sur le tard (j’avais quarante six ans), et que j’ai pu alors, comme le paralytique, me lever et marcher enfin, comme l’aveugle, ouvrir les yeux et voir… Alors j’ai demandé à cette dame, toute mignonne, toute menue, le regard bleu pétillant, de me dire quelle phrase la touchait plus particulièrement.

« Je vous ai choisis pour servir en ma présence… »  Elle m’a regardé, l’air malicieux. « Vous vous rendez compte ? Il nous dit qu’il nous a choisis, nous ! Et pour servir ! Et en sa présence ! »

Eh oui, Jésus nous parle, il nous tape sur l’épaule, il caresse notre visage, il nous prend dans ses bras, il nous porte.

Et surtout, il nous parle.

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Samedi 13 avril 2013


La vie me semble parfois un éternel recommencement ; les événements se produisent et j’essaye de m’y adapter en pensant innover, alors que la plupart du temps je fais et refais toujours les mêmes choses, même quand ce sont des erreurs.

Dans son cycle de perpétuel recommencement, la vie propose entre autres de renoncer sans cesse à tout ce qu’elle m’avait offert, à ce qui me semblait acquis. Mes certitudes, ma jeunesse, mes êtres chers… disparaissent, me laissant meurtri, parfois inconsolé, avec au fond des tripes un sentiment d’injustice et de déjà vu.

Albert Espinosa, dans son livre « Le monde soleil », raconte comment, à l’âge de quinze ans, pour des raisons médicales, a dû se faire amputer la jambe. Son médecin lui donne alors un conseil étonnant : il lui suggère d’organiser une fête d’adieux pour cette jambe, qui l’a soutenu toute sa vie. La veille de l’opération, ce jeune garçon plein de vie donne une fête à l’hôpital.

A cette fête bizarre, j’ai invité les gens qui avaient un rapport avec la jambe : un gardien de foot à qui j’avais mis quarante-cinq buts en une partie (bon,  d’accord, je ne lui en ai mis qu’un seul, mais je l’ai invité quand même), une fille à qui j’avais fait du pied sous une table, un oncle qui m’avait emmené faire des randonnées (à cause des courbatures ; c’était un peu tiré par les cheveux, mais il fallait bien trouver des invités), et j’ai convié aussi un ami dont le chien m’avait mordu quand j’avais dix ans. Le pire, c’est que le chien est venu et qu’il a essayé de me mordre à nouveau.

Ce fut une très belle fête. Je crois que c’est la meilleure que j’ai organisée, et sans doute la plus originale. Au début, les gens étaient un peu mal à l’aise, mais peu à peu nous avons commencé à parler de la jambe. Ils ont tous raconté des anecdotes en lien avec elle. Ils l’ont touchée pour la dernière fois. Ce fut une soirée extraordinaire que je n’oublierai jamais.

Pour finir en beauté, il décide de danser une dernière fois sur ses jambes, avec une jolie infirmière. Un ami cherche un peu de musique, car ce n’était pas prévu. Il finit par dénicher le seul disque disponible, emprunté à un patient. C’est une chanson de Antonio Machin, qui s’intitule… Attends-moi au ciel…! Ca ne s’invente pas !

Voilà une belle leçon de vie, donnée par un enfant. Accepter les renoncements nécessaires, les pertes même les plus dramatiques, sans jamais oublier de dire aurevoir. En fait, c’est même cet aurevoir qui est le plus important, car il est dénué d’aigreur, de rancoeur mal digérée ; au contraire, il est plein de joie, de bienveillance, d’amour et d’espoir dans l’idée de se retrouver.

Parce que j’ai Jésus dans ma vie, je pense peut-être que ces renoncements sont un peu plus faciles, car je sais que je suis aimé et cela me console. Il n’en est rien, tant je suis faible et inconstant.

Ce jeune garçon m’a donné envie de rire et de pleurer en même temps, et je voulais partager cela avec vous.

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Samedi 6 avril 2013


On ne se rend pas bien compte du pouvoir que nous avons entre les mains.

Certes, nous ne pouvons pas faire la pluie, le beau temps, repousser l’hiver, empêcher les tremblements de terre. Nous ne pouvons pas changer notre physique ou gagner au Loto d’un claquement de doigts. Nous ne pouvons que regarder les affaires de notre pays passer sans rien y faire. Déplorer les guerres, sans rien y faire.

Nos enfants grandissent, malgré nous. Nous vieillissons inexorablement. Des êtres chers meurent et nous laissent inconsolés.

Et par dessus le marché, nous sommes pétris de peurs qui nous paralysent…

Cependant nous avons un pouvoir extraordinaire, merveilleux, que nous n’utilisons presque pas.

Nous pouvons dire « je t’aime ».

Dire « je t’aime », c’est changer les personnes à qui nous le disons, et donc changer le cours de l’histoire, changer le monde, améliorer le monde, améliorer la vie.

Dire « je t’aime » ne coûte rien.

Dire « je t’aime » nous grandit.

Dire « je t’aime » nous confronte à notre sincérité.

Dire « je t’aime » est un printemps pour celui qui le dit et un été pour celui qui l’entend.

Dire « je t’aime » peut réveiller un mort.

Dire « je t’aime » émonde tout ce qui est mort en nous.

Courez donc, interrompez ce que vous faites (sauf si vous êtes en train de dire « je t’aime ») et aller dire « je t’aime » à quelqu’un.

Distribuez de sincères « je t’aime » à profusion, sans compter, généreusement. Et quand vous l’aurez fait, recommencez. En fait, ne vous arrêtez plus jamais.

On ne dit jamais assez « je t’aime » à son amoureux, à ses enfants, à ses parents, à ses frères, à ses soeurs, à ses amis, à sa famille, à ses connaissances, à ses inconnus, à ses commerçants, à ses collègues, à ses artistes, à son médecin, à son garagiste, aux profs de ses enfants, à soi-même et à son Dieu.

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Samedi 30 mars 2013


C’est le silence.

Rien ne bouge.

On attend.

On ne s’engourdit pas, on ne s’endort pas, on est bien éveillé.

Et on attend.

On attend sans inutile impatience, sans nervosité.

Nous sommes tout à notre attente, tendus vers cet accomplissement qui s’annonce.

Puisqu’il faut attendre, nous le faisons de bonne grâce. D’ailleurs nous y trouvons du plaisir, pour une fois on est pas pressés, il ne sert à rien de courir, de gesticuler, de déplacer de l’air inutilement, comme nous sommes habitués à le faire.

Attendre nous procure de la joie, nous donne l’occasion de nous donner entièrement. Nous sommes à disposition, pour une fois. Nous ne sommes pas au service de nous-mêmes, pour une fois. Et c’est bien agréable. On se sent léger, pour une fois. On peut mettre de l’ordre dans ses pensées, relativiser ses tracas, s’oublier un peu, moins se prendre au sérieux.

Et puis nous ne sommes pas seuls. D’autres attendent, dans leur silence, le même silence partagé. On peut écouter ce silence, on peut deviner cette attente.

Il y a dans le secret de ces coeurs qui attendent une promesse d’un meilleur jour, l’espoir d’un renouveau, la chance d’un recommencement, d’un nouveau départ. On sourit en y pensant, on éprouve parfois une petite bouffée de tendresse, qui s’exhale comme un parfum et disparaît comme elle était venue.

On est nombreux, on est tous petits, enfin des enfants.

Flotte dans l’air une senteur de petit matin. Tout peut commencer, tout est désormais possible.

C’est le samedi de Pâques.

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Samedi 23 mars 2013


La vie n’a pas changé.

Il y a toujours ces tracas professionnels qui volètent dans mon ventre comme des papillons et parfois me réveillent la nuit.

Il y a cette amie qui boit trop ; au début on en plaisantait gentiment. Maitenant on ne rit plus ; je suis inquiet et je ne sais pas quoi faire.

Il y a cette autre qui est malade et souffre dans une chambre d’hôpital. Celui dont le fils est gravement malade. Ceux qui font un deuil impossible, tant il est grand.

Il y a tous ces frères et ces soeurs qui ont peur, qui sont seuls, qui ne se sentent pas aimés, qui sont pauvres, qui sont complexés ; leurs souffrances sont aussi en moi, je suis aussi un pauvre petit bonhomme qui tremble, qui ne sait rien, qui pérore pour se rassurer.

Et au dessus de nous il y a par dessus le marché tous ces drames, toutes ces catastrophes qui nous dépassent, ces crises, ces tsunamis, ces tremblements de terre, ces guerres, ces massacres. Et je suis une de ces fourmis qui peut se faire écraser à tout instant, se faire balayer par un simple coup de vent.

Oui, mais…

Mais quand, dans le silence de la nuit, dans le secret de mon coeur, je prie mon Seigneur, je prie Jésus, et que je me dédie quelques instants tout entier à cette prière, en pensant d’abord à toutes ces souffrances qui me pèsent, me blessent et m’inquiètent. Quand je dépose  tout ces fardeaux aux pieds de mon Dieu, la charge diminue, le poids sur mes épaules s’allège peu à peu, tandis que je sors de moi-même.

Et si je poursuis ce chemin un peu plus longtemps, tout à ma relation avec Lui, j’éprouve alors une joie toute neuve, une joie intime, qui s’impose en moi et démode tout, mes craintes, mes frustrations, mes plaisirs, mes ambitions.

Quand je me couche, je repasse tout cela en moi et j’ai dans les yeux des étincelles d’émerveillement qui me tiennent éveillé encore un peu.

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Samedi 16 mars 2013


Ce mercredi matin, un journaliste de la radio m’appelle, pour que je donne mon avis en direct, à propos de l’élection à venir du pape. Dans le studio, il y a d’éminents spécialistes. Moi je suis consulté comme catholique de base, ce que je suis, du reste.

Je dis ce que j’ai sur le coeur, sans trop y réfléchir ; je dis que mon boss à moi c’est Jésus, pas le pape. Que je ne veux pas dénigrer le pape en affirmant cela, mais qu’il ne faut pas oublier que le premier pape, Pierre, a été nommé par Jésus, qui l’a engueulé tout de suite après, parce qu’il parlait comme Satan. Cela montre qu’il y a sans doute quelque chose de divin dans la désignation d’un pape, mais que cela ne fait pas de lui un surhomme. Il reste, comme l’était Pierre, un homme avec ses faiblesses et ses erreurs. Et le fait d’être nommé pape doit faire de lui le plus modeste serviteur d’entre nous. Le journaliste me demande quelle importance le pape  aura dans ma vie de tous les jours. Je réponds par une image : j’ai beau être français, travailler et vivre en France, je ne pense pas tous les jours au président de la république. Sur ce, on me coupe la chique et la ligne est interrompue.

En fin de matinée, c’est la fumée noire.

En fin d’après-midi, je suis dans un TGV, je voyage seul dans un train bondé. Je travaille en silence. En face de moi, un monsieur élégant fait de même ; il a installé son ordinateur et tapote son clavier avec sérieux. A côté de lui se trouve une femme qui s’absorbe dans d’interminables mots fléchés. A ma droite, un autre homme, trop parfumé, consulte, imperturbable, des plans de financements arides.

Je regarde par la fenêtre le paysage enneigé qui s’enfonce dans la nuit. Tout d’un coup mon téléphone portable vibre. Un texto s’affiche : Fumée blanche !

Je suis tout excité, j’ai envie de prévenir les autres voyageurs, mais je n’ose pas. Puis je peste, car je vais tout manquer, le train arrive à 21H30, tout sera terminé à ce moment-là…

D’autres texto, de personnes diverses, m’annoncent que le pape a été élu. Personne ne sait encore de qui il s’agit. Puis je me rappelle avoir téléchargé une application qui doit me permettre d’écouter la radio sur mon téléphone.

J’essaye. Evidemment ça ne marche pas. Je m’escrime un long moment, maudissant cette technologie omniprésente, qui ne marche pas quand on en a besoin. Le monsieur chic reçoit lui aussi un message et je le vois sourire. J’hésite à lui adresser un moue de connivence. Nous sommes les seuls dans ce compartiment à savoir la nouvelle. Mais il se lance dans la rédaction d’un long message, toujours un sourire gourmand aux lèvres et j’en déduis qu’il s’agit d’autre chose.

A force de m’échiner, je finis miraculeusement par obtenir, de façon intermittente la fréquence de la radio, qui me parvient discrètement dans mon oreillette. Je peux suivre alors l’agitation qui règne partout, dans l’attente du nouveau pape, qui doit être annoncé de façon imminente. Je suis étonné d’avoir le coeur qui bat.

Tout d’un coup le voilà ; moi qui ne le vois pas, je l’entends. Il s’appelle François ! Rien que ce nom me touche. Parmi les saints que je connais – et j’en connais peu – j’ai une tendresse toute particulière pour François d’Assise, qui jugeait avec grande sévérité et justesse l’Eglise de son époque, mais avait choisi le chemin de la pauvreté et de l’humilité plutôt que de la révolte.

Le pape parle, il me parle à moi, dans cette oreillette, dans ce train qui file dans la nuit glacée. Je prie avec lui, avec tous les catholiques du monde, cette famille qui est aussi la mienne et je suis ému. Je n’ose pas faire le signe de croix, tout seul à ma place, mais je le fais dans le secret de mon coeur. Le pape nous parle, le pape me parle et il me touche, plus que je ne pouvais l’imaginer. J’éprouve de la joie, une joie toute neuve, qui me fait sourire malgré moi.

M’étant converti sur le tard, je ne pensais pas qu’un pape pourrait jamais me toucher. Voici encore un cadeau de Jésus.

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