Dimanche 7 mars 2010


Je suis parti en voyage en Afrique, au Sénégal. Je suis un peu mal à l’aise de profiter de ce genre de privilège.

Je me demande si je vais trouver une messe, dès le deuxième jour, alors que ceux qui voyagent avec moi ne sont pas intéressés. Je décide de ne pas m’imposer, de ne rien demander. Un homme vient nous trouver le premier soir pour nous présenter des excursions diverses. Nous finisssons par choisir la visite d’une petite île perdue dans les méandres de la rivière. Nous la programmons pour dans trois jours. Juste avant de nous quitter, l’organisateur lâche, comme par hasard : « J’oubliais, il y a aussi une messe demain matin, dans un village de brousse. Ce n’est qu’à quinze kilomètres mais la route est mauvaise, il faut compter une heure de trajet… » Tout le monde décide d’y aller, contre toute attente. Je jubile en silence.

Une grande église en tôle, d’un côté les hommes endimanchés, de l’autre les femmes sur leur trente et un. Certaines portent un bébé silencieux dans leur dos. Des enfants assurent la chorale.

Deux jours plus tard, je marche longuement sur la plage avec ma femme. Il y a du vent, nous ne parlons pas beaucoup. Je décide de profiter de cet instant de paix et de communion avec la nature pour prier un peu. Je pense tout de suite à cette jeune mère malade, qui se débat à l’hôpital, en France. A cet instant précis ma femme se tourne vers moi et me dit qu’elle pense à cette femme, qui souffre seule.

L’excursion prévue a lieu. Nous arrivons dans un petit restaurant, un peu perdu. D’après notre guide, il devrait y régner le plus grand calme. Au contraire quand nous arrivons, ce ne sont que cris de joie, embrassades, rires tonitruants. Nous nous asseyons à notre table, un peu intimidés. Le guide part se renseigner. « Ce sont tous les prêtres de la région qui se réunissent ici une fois par an, pendant le carême, pour discuter d’un thème. Ils sont contents de se retrouver. »

J’y vois un nouveau clin d’oeil du Seigneur. Je suis content d’être ici parmi ces prêtres, et d’être un catholique parmi les catholiques. J’y vois une sorte de privilège.

Une fois le déjeuner terminé, je me promène un peu et regarde le tableau des activités de ce rassemblement. Un grand prêtre s’approche de moi. « Vous regardez notre programme ? D’où venez-vous ? » me demande-t-il avec un grand sourire.

« Moi, je suis un catholique, venu de France. »

Il me contemple un instant, semble réfléchir.

« Un catholique… anonyme. » dit-il.

Je le regarde avec un peu de stupeur. « C’est incroyable, que vous prononciez ces paroles. J’ai écrit un livre qui s’intitule exactement comme ça. Catholique anonyme… »

Il sourit. « Et où peut-on se procurer un tel livre ? » Je lui réponds que je vais lui envoyer. Tandis que nous cherchons un stylo et un bout de papier pour noter son adresse, je l’entends qui parle en sénégalais à un autre prêtre. Je ne capte qu’un seul mot : « Providence »

Le Seigneur était avec moi, même en vacances.

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Jeudi 25 février 2010


Il y a quelques temps, j’ai rencontré une jeune femme, l’espace d’un après-midi où j’étais venu l’aider à déménager, avec d’autres.

Cette jeune mère de famille est malade, d’une maladie inquiétante, qui la menace.

En fin de journée, une fois le travail effectué dans la bonne huemeur, nous sommes tous repartis, fatigués et heureux d’avoir aidé. Nous avons retrouvé le confort familier de nos voitures, de la route éclairée, du chemin qui mène à la maison.

Depuis cet épisode, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à cette femme et à sa maladie. Je prie le Seigneur de la guérir, comme il en a guéri tant d’autres. Ma foi ne doit pas être bien grosse, même pas grosse comme une petite graine de moutarde, car sa maladie est toujours là, je le sais, je m’en suis discrètement informé. Je suis comme le jeune homme riche, qui s’en va, triste de ne pouvoir répondre à l’invitation que Jésus lui a fait de le suivre.

Je retrouve dans mes papiers ce texte de Mère Teresa, qui me remue : Il ne faut pas se satisfaire de donner de l’argent ; l’argent n’est pas assez, car on peut en trouver. C’est de nos mains que les pauvres ont besoin pour être servis, c’est de nos coeurs qu’ils ont besoin pour être aimés. La religion du Christ est l’amour, la contagion de l’amour. (…) La difficulté, c’est que bien souvent les riches, ou même les gens aisés, ne savent pas vraiment que sont les pauvres ; c’est pourquoi nous pouvons leur pardonner, car la connaissance ne peut que conduire à l’amour, et l’amour au service. C’est parce qu’ils ne les connaissent pas qu’ils ne sont pas émus par eux.

Alors je prie pour un jour être capable de devenir un pauvre de coeur, capable encore plus de m’émouvoir.

Et en attendant que ma foi ne grossisse, je vous serais plus que reconnaissant de m’aider à prier pour cette jeune femme.

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Samedi 20 février 2010


Deux fois cette semaine, j’ai croisé la liberté du chrétien.

Une première fois dans une soirée de réflexion à bâtons rompus avec des gens très différents les uns des autres, à propos des valeurs chrétiennes, et même de la « sagesse chrétienne ». Il y avait là des chrétiens croyants, des chrétiens dechristiannisés, un prêtre, un juif. La discussion était animée et bienveillante. Vers la fin, la notion de liberté (liberté de choisir son chemin, liberté de chercher, liberté de croire…) est ressortie. Et je me sentais, peut-être un peu bêtement, fier d’être chrétien, en partie à cause de cette liberté.

La deuxième fois c’était lors d’un déjeuner en tête à tête avec un homme que je ne connaissais presque pas, mais qui s’est révélé un frère, l’espace d’une conversation à propos de Jésus. Nous aurions pu rester tout l’après-midi à parler de Lui avec émotion. Il me racontait sa conversion, en haut d’une montagne, un rayon de lumière délicate qui a réveillé son coeur endormi. Je lui témoignais combien la délicatesse du Seigneur en toute chose est chose émouvante et il m’a répondu : « c’est vrai, il n’y a jamais viol des consciences… Il nous laisse toujours la liberté. »

Je m’apprêtais donc à partager cette idée de liberté avec vous quand un drame brutal chez des proches, des très proches, est venu bouleverser notre quotidien paisible. Une jeune femme, malade depuis longtemps et en grande souffrance, a choisi de mourir, laissant sa famille dans le choc et la douleur.

Alors je vous demanderais de prier pour cette jeune femme, maintenant apaisée, et pour les membres de cette famille.

Pour ceux qui restent, tous ceux qui restent et souffrent comme eux.

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Samedi 13 février 2010


Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive, lui toucha la langue. (Marc 7,31-37)

Je suis émerveillé par la sensualité de cet évangile, touché aussi de me reconnaître immédiatement dans le personnage du sourd-muet, qui peut retrouver la parole et la proclamer. Le commentaire de Saint Ephrem est saisissant : La force divine que l’homme ne peut pas toucher est descendue, elle s’est enveloppée dans un corps palpable, afin que les pauvres la touchent, et qu’en touchant l’humanité du Christ, ils perçoivent sa divinité. A travers des doigts de chair, le sourd-muet a senti qu’on touchait ses oreilles et sa langue. (…) alors aussi, cette bouche fermée, jusqu’alors incapable de donner le jour à la parole, a mis au monde la louange de celui qui faisait ainsi porter du fruit à sa stérilité.

La Parole dans le corps humain, la Parole à travers les cinq sens, la Parole faite chair. C’est un paradoxe. La Parole devarit toucher l’âme seulement et cependant elle touche le corps, visiblement. On la ressent en soi comme le sourd-muet a ressenti les transformations, tout en douceur, dans sa chair.

Un commentaire de Enzo Bianchi dans Panorama est venu à ma connaissance par hasard. « La vie de l’homme c’est de voir Dieu » a écrit Saint Irénée. Plus encore : la vocation de l’homme, c’est de devenir Dieu. « Mais comment pourras-tu être Dieu si tu n’es pas même encore un homme ? », demande l’évêque de Lyon. Deviens donc un homme vivant, et c’est alors que tu sauras transmettre, à travers l’authenticité de ta propre personne, la foi qui t’a mis debout.

Ces paroles me parlent particulièrement, elles résonnent en moi avec force, car je sais qu’en me permettant de le rencontrer, Jésus a commencé à faire de moi un homme.

Plus loin,  je tombe sur le témoignage de Elisabeth Maquin, qui nous dit : L’injonction « Choisis la Vie ! » (Deutéromone 30,19) (…) s’est incarnée. Je vis de cette force profonde, de ce noyau indestructible qui me fait être au-delà de ce que je suis. Le Christ est pour moi un compagnon de route quotidien. Au coeur des interrogations, des doutes. Il me fait découvrir le Père. Je le reconnais dans mes voisins.

Nous sommes tous frères et soeur dans la Parole.

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Samedi 6 février 2010


Je suis frappé, comme on peut être frappé par une gifle ou par une découverte extraordinaire. Je reste interdit, stupéfait, le coeur battant.

Je ne suis pas sûr de pouvoir décrire ce qui me frappe, je vais essayer pourtant.

Au début, quand j’ai redécouvert  la Parole de Dieu, et les Evangiles, j’étais comme un chien méfiant, je m’en suis approché, l’air de rien. En humant les effluves humaines qui éclatent à travers les lignes, en reconnaissant des personnages qui me parlent, comme Zachée, le centurion romain, et aussi ces anonymes dans la foule qui doutent, qui murmurent, qui n’en pensent pas moins…  je me suis détendu. On me parlait de ce que je connais. Et je me suis émerveillé de reconnaître, deux mille ans plus tard, les mêmes trognes qui partagent ma vie, les mêmes élans, les mêmes traits de grâce et les mêmes lâchetés.

Puis je me suis émerveillé des divers enseignements donnés par Jésus, qui m’allaient droit au coeur, m’incitaient à réfléchir.

Mais ce qui aujourd’hui me frappe de stupéfaction, c’est de me rendre compte que chaque parole de Jésus, aussi précise ou anecdotique soit-elle… contient toute la Parole. D’où qu’on la regarde, même si ellle semble toute petite, elle est en fait infinie. Je ne sais pas comment expliquer cela. Chaque parole, est unique, particulière… et universelle, totale. De même qu’on peut reconnaître une personne aimée au simple son de sa voix, au bruit de sa démarche, à sa façon de monter un escalier, à son regard, à ses mains, au parfum qu’elle laisse flotter dans l’air, et ces simples traces nous restituent en un clin d’oeil toute la personne, de même on peut trouver dans chaque parole toute la Parole.

Et c’est vrai aussi de ceux qui parlent de Lui, se reconnaissent en Lui. Ils sont tous uniques, différents, reconnaissables comme tels… et pourtant universels. Nous sommes tous frères et soeurs, malgré nos différences, malgré notre envie de ne pas l’être. C’est plus fort que nous. D’où qu’on regarde, nous sommes tous partie d’un tout.

Vous savez sans doute cela.

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Samedi 30 janvier 2010


Je suis heureux des nombreux commentaires qui enrichissent ce modeste blog. Quand j’ai accepté d’écrire une fois par semaine, c’était peut-être par orgueil et aussi par envie. L’envie qui me démange toujours de partager mon enthousiasme, de rendre grâce au Seigneur, de Le remercier de m’avoir touché.

N’étant pas très porté sur les choses d’Internet, je n’imaginais pas alors que le vrai intérêt de ce blog n’allait pas se trouver dans mon apport (la règle du jeu étant pour moi de ne pas commenter l’actualité, ni ma vie personnelle, mais de raconter, le plus simplement possible, mon chemin dans la foi au jour le jour, avec tout ce que cela comporte de médiocrité et de joie), mais bien dans les commentaires qu’il allait susciter et qui me font réfléchir. C’est sans doute pour cela que le Seigneur m’a lancé cette invitation.

Cela étant dit, il est vrai que je suis parfois un peu troublé de me trouver sur le devant de la scène, que ce soit dans ce blog (alors que je suis le moins érudit du club), dans les émissions où je suis parfois invité, et enfin dans ces témoignages auxquels je me rends. Je ne me sens aucune autorité particulière, et pourtant je parle, et me mets en avant sans hésiter. Vanité, ou grâce ? Plaisir personnel ou devoir rempli ? Je ne sais pas, c’est ainsi, et j’ai décidé de ne plus me poser trop de questions à ce sujet. Tant qu’on me demande, je réponds.

Le plus compliqué, c’est quand on m’en pose, en tant que « catho de service » des questions délicates. Il me faut alors tourner sept fois ma langue dans ma bouche avant de répondre. Parmi celles qui reviennent si souvent (et qu’on a dû vous poser cent fois), il y a les questions qui tournent autour de l’injustice divine ; si Dieu existe, pourquoi un tremblement de terre en Haïti ? Pourquoi les méchants, les mauvais, les malfaisants se portent si bien, s’enrichissent, vivent parfois une meilleure vie que la nôtre ?

J’ai trouvé, en forme de réponse, un très beau commentaire de Saint Augustin aujourd’hui : Les biens accordés aux méchants leur échapperont pendant leur vie, ou ils devront les abandonner au moment de leur mort. Pour toi au contraire, ce qui t’est promis te restera pour l’éternité… Tournne donc le dos à ce qui tombe en ruine, et tourne ton visage vers ce qui demeure.

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Samedi 23 janvier 2010


Le message que j’ai laissé la semaine dernière n’a pas laissé indifférent !

On m’a trouvé « tristounet », on m’a mis en garde de ne pas devenir un « converti professionnel », qui « s’auto-célèbre », qui est perpétuellement « au centre de ce qui s’exprime », qui s’enferme dans « l’étape du dire », qui, en racontant toujours son histoire, se « construit une prison involontaire »…

On m’a incité à « devenir écoutant », à prier davantage pour discerner dans la prière mes autres dons.

On veut m’éviter de « tourner en rond ».

J’avoue que ces multiples commentaires m’ont pas mal secoué !

Cette semaine, hasard du calendrier, je devais témoigner (encore !) mardi à l’heure du déjeuner dans une classe de premières dans un lycée parisien et vendredi après-midi devant cent trente cinq terminales dans un autre…

En m’y rendant, avec toujours un brin de trac, les commentaires de ce blog tournoyaient dans mon esprit et me posaient question. Pourquoi continuer à témoigner, et raconter la même histoire ? Le faisais-je pour moi, pour ma gloire personnelle ? Pour ces jeunes ? Pour Jésus ? Etais-je en train de devenir un professionnel du témoignage, bien confortablement installé dans son petit rôle bien rodé, sûr de ses effets, bien à l’abri dans une position gratifiante ? S’il y a une chose que j’ai apprise dans ma vie, c’est qu’il faut se méfier comme de la peste de toute forme de confort ; confort d’avoir raison, de se sentir nanti, arrivé quelque part, de se croire admiré ou même aimé… A chaque fois que je ressens du confort, je sais qu’une déconvenue me guette.

De toute façon il était trop tard, j’avais accepté ces invitations, on m’attendait, je ne pouvais plus reculer.

Ces deux témoignages ont été à la fois épuisants et régénérants.

En rentrant hier, en réponse à mes propres questions, je me suis dit que j’acceptais cet exercice pour toutes les raisons en même temps : pour moi, pour les jeunes, pour Jésus. Et je suis sûr que ces témoignages doivent avoir un sens, que je ne discerne pas tout à fait.

Pour ce qui concerne les commentaires du blog, ils m’ont apporté, avec un peu de recul, une grande joie. J’ai remercié le Seigneur de les avoir reçus. Ce sont comme des bourrades bienveillantes, qui m’aident à avancer, à dévier légèrement de ma route, et peut-être éviter de tourner en rond.

Et si je me suis montré « tristounet », je le regrette bien, car franchement, la vie est belle et votre bienveillance, parfois bourrue, est une bénédiction.

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Samedi 16 janvier 2010


Une nouvelle semaine de rencontres, tournées autour du Christ.

J’avais oublié que mon interview passait dans « Le jour du seigneur » dimanche dernier. Elle a suscité des réactions inattendues. Des messages sur ce blog et un copain qui m’envoie un mail ironique pour se moquer un peu de moi, gentiment. Il termine son petit message amical par une phrase qui me trouble : « Cette grâce qui t’arrive est bien normale : tout va bien pour toi, tu en éprouves un sentiment de culpabilité et par conséquent tu te tournes vers Jésus… »

Qu’en sera-t-il de mon amour pour Jésus quand la vie m’éprouvera ? Il se trouve que je viens de commencer le livre de Job, démonstration d’une foi qui résiste aux pires épreuves. Un ami qui traverse de grandes souffrances dans sa vie familiale, me dit qu’on se ressemble tous les deux, notamment dans notre relation à Jésus, mais que moi je suis heureux ; tandis qu’il souffre en soute, je suis sur le pont, confortablement installé dans un transat, sirotant un cocktail, et racontant à qui veut bien m’écouter combien Jésus me rend heureux… De quoi en agacer certains.

Déjeuner avec des responsables des Bernardins. L’un d’entre eux, qui a vu l’interview, me dit que la chose la plus importante que j’ai dite est ce besoin que j’ai d’une relation forte avec Jésus. Moment d’émotion entre nous, dans ce restaurant.

Un des hommes qui a organisé la catéchèse fondatrice de ma rencontre avec Jésus me raconte qu’une nouvelle catéchèse commence lundi prochain.* Je lui demande comment il recrute. Il me dit qu’il fait du porte à porte, au hasard, dans le voisinnage de la paroisse. Des gens lui ferment la porte au nez, d’autres sont polis mais indifférents. D’autres, rares, écoutent. J’admire ces gens qui ouvrent leur porte comme ils ouvriraient leur coeur. Et j’admire le courage de cet homme, père de famille, chef d’entreprise, qui, après une journée bien remplie, fait du porte à porte pour Jésus.

« Suis-moi » dit Jésus dans l’évangile du jour. Et l’homme se lève, laisse tomber ses affaires pour le suivre.

* catéchèse pour adultes et jeunes, à partir du 18 janvier à 20h30 – Paroisse Sainte Jeanne d’Arc, 45 rue de Belgique – 92190 Meudon (tous les lundis et jeudis pendant deux mois)

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Samedi 9 janvier 2010


« A une époque, j’étais un homme heureux en apparence. J’avais tout eu : une enfance heureuse, des parents qui m’aimaient, un univers familial artistique stimulant. Mes parents avaient beaucoup d’argent, nous avions un train de vie agréable. J’avais tout eu et j’avais encore tout : une femme adorable, très belle, une bonne santé, et une cervelle qui marchait bien – après mes études, réussies, je venais de trouver l’emploi que je cherchais… »

Ainsi commençait le témoignage de cet homme hier soir, dans la petite salle polyvalente où il y a trois ans, j’ai fait la rencontre de Jésus, cette rencontre décisive qui a changé mon existence pour toujours. Je n’étais jamais revenu depuis dans ce lieu austère. J’avais hésité à venir à cette soirée de témoignages ; en m’approchant de l’endroit, mon coeur s’était mis à battre, j’avais le trac et j’avais bien failli m’en aller.

Et voilà que j’étais à nouveau assis avec d’autres sur une petite chaise d’école, face à onze personnes venues témoigner de leur relation personnelle avec Jésus. En écoutant cet homme, je sentais malgré moi mes yeux s’humecter.

« J’avais tout et cependant il me manquait quelque chose, sans que je puisse m’en rendre compte par moi-même. Il me manquait le goût, l’appétit de vivre… Je n’étais pas malheureux, encore moins suicidaire, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes… mais je n’avais aucune perspective, je ne voulais pas d’enfants. En plus, j’étais un bon catholique, bien comme il faut, offrant l’apparence d’un homme pieux. Mais personne ne pouvait voir l’intérieur de mon coeur, qui était bien vide. Et puis un jour je suis venu à une soirée comme celle-ci et de fil en aiguille j’ai croisé le chemin de Jésus et à partir de ce moment, c’est comme si mon coeur se mettait enfin à battre, et soudain je découvrais le goût pour la vie. Et j’ai alors dit une chose que je n’aurais jamais pu formuler avant, j’ai dit que je me voyais vivre vieux… »

Est-ce le regard bleu de cet homme, le ton apaisé de sa voix, sa silhouette discrète, la force qui émane de son geste ?

Quand il parle, il me donne tout simplement l’envie de pleurer.

Je crois que je viens de reconnaître Jésus en lui.

C’est devant nous un drôle de club de doux fous témoignant.

Je fais partie de ces doux fous, de ce club qu’on appelle l’Eglise.

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Samedi 2 janvier 2010


C’est un petit garçon, il a onze ans. Il se demandait bien ce qu’il pouvait demander à la Vierge Marie ; c’est le curé de la paroisse qui lui avait suggéré de demander quelque chose, en faisant sa prière. « N’hésite pas à lui parler, à te confier à elle, à lui ouvrir ton coeur… »

Il a réfléchi plusieurs jours. et puis une idée lui est venue. « Maman dit que je suis orgueilleux parce que je me vexe facilement et qu’après je boude. Alors, Marie, si tu m’entends, fais que je domine mon orgueil. »

L’occasion s’est présentée aujourd’hui. C’est lui qui a rangé toute la cuisine, mis la table avec une vraie nappe et même un petit bouquet de fleurs. Ses frères et soeurs ne l’ont pas aidé. C’est une surprise qu’il fait à sa mère.

Quand elle rentre, elle est pressée et de mauvaise humeur. Elle ne remarque pas la belle table et la cuisine toute propre. Au contraire elle s’agace parce qu’il y a des vêtements qui traînent dans le salon. Elle est prise dans ses préoccupations, absorbée par ses soucis. Elle prépare le déjeuner à la hâte, tout en téléphonant.

Le petit garçon attend qu’elle raccroche, pour qu’elle remarque enfin la jolie nappe et les couverts habilement disposés de chaque côté des assiettes. Il se réjouit d’avance de lire sur le visage de  sa mère la satisfaction devant cette si bonne surprise. Elle demandera qui a fait ça et il atendra modestement que l’un de ses frères et soeurs le désigne ; alors, encore toute parfumée de la fraîcheur du dehors, de cette odeur qu’ont les grandes personnes qui travaillent, sa mère s’approchera de lui et le prendra dans ses bras. et ce sera un délice.

Le petit garçon attend sa gratification, tout dévoré de désir d’être aimé par sa mère. Un ouragan de désir qui balaye toutes ses pensées d’enfant, tandis que le déjeuner commence, sans histoire. La mère demande au plus grand s’il a fait ses devoirs. S’ensuit une longue conversation sur le sujet. Le petit garçon attend son heure. Son moment de gloire qui ne vient pas. Plusieurs fois, n’y tenant plus, il est à deux doigts de faire remarquer à sa mère la belle table qu’il a mise ; il n’ose pas.

Le déjeuner se termine. La mère demande à qui est le tour de désservir. Le petit garçon hésite encore une fois à attirer l’attention de sa mère. L’occasion passe, sans qu’il ne dise rien.

Et voilà, c’est terminé, la belle table se défait sous ses yeux déçus, chacun retourne à ses tâches.

Le petit garçon se sent un peu triste, un peu abandonné.

Plus tard lui revient la prière qu’il avait faite à Marie. « Aide-moi à surmonter mon orgueil… » N’a-t-il pas réussi, en ne disant rien, à surmonter l’envie qu’il avait d’être complimenté ? Alors Marie l’aurait éccouté ?

Maintenant il se sent moins seul.

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