l’ego et la confiance d’être aimé

J’ai longtemps souffert de mon ego. D’ailleurs, je me méfie toujours de lui. Je sais qu’il peut surgir à tout moment, et flatter ma vanité naturelle, me faire rechercher activement la reconnaissance des autres, comme le drogué en manque cherche sa dose. Parfois il m’arrive de me lancer des fleurs, de me faire un petit compliment : « j’ai été très bon, à cette réunion avec mon associé », ou « je crois que ces clients, je les ai impressionnés, là », ou bien encore « c’est fou ce que j’ai été diplomate avec ma fille… je la comprends bien »… Je sais désormais, quand ce phénomène d’auto-congratulation se manifeste chez moi, que c’est le signe indiscutable du contraire : en fait j’ai été particulièrement mauvais, nul, lourd… alors j’appelle mon associé, mes clients, ma fille… je m’excuse et je vois qu’ils n’attendaient que ça.

Donc, je dois me méfier de mon ego, qui me pousse si souvent à avoir la grosse tête, à me prendre pour un autre, à me croire plus drôle que je ne suis, plus important, plus indispensable. Quand je prends conscience de cela, j’ai honte, je me sens mortifié, je rougis tout seul dans mon coin.

Souvent j’ai confondu l’ego et la vanité qu’il suscite, avec la confiance en moi. Et j’ai eu peur d’avoir confiance en moi, par crainte de réveiller mon ego et de faire de moi cet être vain et encombrant qui me déplaît tant.

Mais depuis que Jésus a croisé mon chemin, une ère nouvelle est arrivée, une brèche dans cette équation impossible. En effet, avec Jésus, je commence à avoir confiance en moi, sans pour autant dilater mon ego. Et ça change tout.

L’autre jour, j’ai trouvé ce texte de Aelred de Rielvaux (1110 – 1167), qui exprime mieux que je ne pourrais le faire la résolution de cette équation : Quand un homme s’est retiré du tumulte extérieur pour rentrer dans le secret de son coeur, qu’il a fermé sa porte à la bruyante foule des vanités et a fait le tour de ses trésors intérieurs, quand il n’a plus rien rencontré en lui d’agité ni de désordonné, rien qui puisse le tourmenter ou le contrarier mais que tout en lui est plein de joie, d’harmonie, de paix, de tranquillité ; quand tout le petit monde de ses pensées, paroles et actions lui sourit comme le ferait la maisonnée d’un père de famille dans une demeure où règne l’ordre et la paix ; alors se lève soudain une merveilleuse assurance. Et de cette assurance vient une joie extraordinaire et de cette joie jaillit un chant d’allégresse qui éclate en louanges de Dieu. Ces louanges sont d’autant plus ferventes que l’on voit plus clairement combien tout ce qui est bon en soi-même est un don de Dieu.

Mon Dieu, comme il a raison !

28/01/2009

12 commentaires

  1. Redigé par Serge:

    Bonjour Thierry

    C’est une grande découverte de voir que Jésus s’intéresse à tout dans notre vie ; nous pouvons tout lui confier ; nous n’avons plus à nous préoccuper que d’une chose, c’est de notre relation avec Lui ; nos activités journalières ne nous préoccupant plus, nous pouvons nous en occuper en leur donnant la juste place.

    Quand nous nous regardons, nous jugeons, jaugeons, tâtons, pesons à l’aulne de l’image que nous souhaitons donner de nous … Quand nous nous tournons vers Jésus et que nous ne Le quittons pas du regard, Il nous donne de voir avec Ses yeux et ainsi nous Lui restons unis.

    Chacune des difficultés que nous rencontrons sur la route nous oblige à descendre plus profondément en nous, pour nous abreuver à la Source même de l’Amour que le Père a déposée dans les profondeurs de notre être. Quel bonheur d’en découvrir la richesse!

    J’ai beaucoup aimé la fin de votre livre où vous remettez l’ego à sa place et où vous faites bien ressentir ce bonheur qui vous habite désormais. Dans le témoignage, il ne s’agit pas de démontrer, mais de donner envie…

    Quant à Aelred de Rielvaux, vous avez trouvé là une perle ! Merci

    Serge

  2. Redigé par monique Leclercq née Robert:

    Merci de ce beau texte qui prouve d’ailleurs que Le Moyen Age ne fut pas comme le veut l’opinion très répandue un temps de ténèbres mais une époque d’humilité pour beaucoup.
    Que nos réactions en ce temps de tempête, les éléments répondant d’ailleurs aux tempêtes du coeur ou le contraire, vis à vis du Vatican ne soient ni épidermiques ni
    le résultat de rancoeurs.
    Mais j’ai fait l’effort, à un moment qui ne me convenait pas du tout, de lire la plupart des interventions dans les forums et sur la pétition.
    La plupart de ceux qui refusent la « réintégration des intégristes » sont réfléchies car en fait, il me paraît spécieux de faire une distnction entre « levée d’excommunication » et réintégration ».

  3. Redigé par Serge:

    « La guerre la plus dure, c’est la guerre contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer. J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible. Mais maintenant, je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur. Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses. J’accueille et je partage. Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à me projets. Si l’on m’en présente de meilleurs,ou plutôt non, pas meilleurs, mais bons, j’accepte sans regrets. J’ai renoncé au comparatif. Ce qui est bon, vrai, réel est toujours pour moi le meilleur. C’est pourquoi, je n’ai plus peur. Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur. Si l’on se désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre au Dieu-homme qui fait toutes choses nouvelles, alors, Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible. » (Patriarche Athénagoras)

  4. Redigé par Sophie:

    Bonjour Thierry,
    Cher bras cassé, cher frère, comme votre livre m’a ému et réjouit! Comme il est beau de voir une âme s’ouvrir à Jésus en toute sincérité, tout en résistant de toutes ses forces!

    Votre lucidité sur vous-mêmes est un message d’espoir qui frappe avec force. Enfin, la faiblesse n’est plus un problème! Enfin, on ose dire comme chrétien ce qu’on est réellement au lieu d’essayer de bien paraître, d’avoir « l’air » saint.

    La faiblesse parle tellement plus aux gens que la force. On admire le fort tout en le maintenant à distance, mais on se laisse plus facilement toucher, approcher par celui qui reconnaît sa lenteur, la petitesse, son incapacité…

    Comme dit le père Nicolas Buttet, la faiblesse, c’est la matière première de la grâce. Et comme dit Saint Paul: ma grâce te suffit, c’est dans la faiblesse que toute ma force se déploie.

    C’est vrai que la confiance renaît quand on est aimé de Dieu et aussi quand on commence à aimer l’autre. Je dirais même que notre égo s’en trouve soulagé parce que décentré de sur lui-même. C’est pourquoi, avec Jésus, on a le coeur si léger.

    Merci pour votre livre si touchant et écrit avec tant d’humour. Je n’arrête pas de le recommander à d’autres. Ici, au Québec, il fait le tour des chaumières! Il faut dire que moi aussi j’ai suivi les catéchèses il y a maintenant 18 ans et que j’y suis restée. La communauté de bras cassé, c’est le plus beau cadeau que le Seigneur m’a fait! C’est ce qui m’a fait aimer l’Église, même pauvre, même pleine de pécheurs.

    Dieu soit béni pour tous ces témoins qu’il suscite!

  5. Redigé par Espérance:

    « L’ego (j’aurai sa peau !) et la confiance d’être aimé »
    Bizarre. L’amour est à la base de tout et pourtant je trouve que se laisser aimer c’est ce qu’il y a de plus…dur.
    En tous cas, merci pour ce post, Thierry. Ce titre tombait à pic !

  6. Redigé par M-Odile:

    « Souvent j’ai confondu l’ego et la vanité qu’il suscite, avec la confiance en moi. Et j’ai eu peur d’avoir confiance en moi, par crainte de réveiller mon ego et de faire de moi cet être vain et encombrant qui me déplaît tant. »

    Je me permets de reprendre cette phrase qui m’éclaire sur des défenses que j’ai parfois fait se lever quand je valorisais la confiance en soi, qui nous permet d’oser être nous, et de nous affirmer. Combien de fois un certain J.G. sur un forum chrétien s’est-il insurgé ! maintenant je comprends mieux l’amalgame qu’il devait faire entre s’affirmer et être vaniteux ( l’ego surdimensionné !). C’est très important de faire la distinction car si la vanité ne va pas avec l’humilité, la confiance en soi va très bien avec.
    Et moi qui fais des efforts bien distincts (abaisser l’égo, avoir plus confiance en moi) je suis bien contente d’avoir les idées clarifiées par cette note. Merci à vous !

  7. Redigé par Nadine:

    Bonjour Thierry,
    Je viens de finir votre livre qui m’a émue, touchée et tellement fait rire. Merci d’être capable de vous moquer de vous même avec tant d’ humour ! Du coup, on se retrouve à tous les coins de page.
    Pour ce qui est de l’ego, je pense qu’on est tous pareil. Le mien enfle dès que j’ai le dos tourné. Alors, dans ces cas là, je m’en remets à la Vierge Marie. En effet, n’est-elle pas l’humilité même ? Et en même temps quelle audace d’avoir dit « oui ». Elle a accepté d’être la mère de Dieu, rien que ça ! On ne peut pas dire qu’elle n’avait pas confiance en elle. Ou plutôt, elle avait une totale confiance en Dieu, ce qui revient au même.
    Voilà, merci encore pour votre livre, que je recommande à bon nombre de mes amis, convaincus ou pas, et merci aussi pour ce blog, qui nous permets de ne pas le refermer trop vite (votre livre…)

  8. Redigé par Godart Claire:

    L’égo (ou l’orgueil), si j’ai bien compris, c’est le péché originel. C’est l’homme qui se prend pour sa propre origine. (l’homme sSANS la blessure narcissique du nombril).
    Vous serez »comme des Dieus » , nous a dit le serpent.
    La vie nous est donnée, mais nous ne sommes pas la vie.
    Quand je réalise que le don de la vie est en moi et que je me laisse porter par elle, je suis remplie de l’amour du père:
    Jean 4 (v.10): » Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui t’a dit donnes moi à boire, c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive….
    (v.12).quiconque boira de l’eau que je lui donnerai,n’aura plus jamais soif!
    (v.15) »SEIGNEUR DONNES MOI DE CETTE EAU POUR QUE JE N’AIE PLUS JAMAIS SOIF! »

  9. Redigé par cactus:

    « Confiance en moi sans dilater mon ego »
    Pourquoi penser que nous sommes au dessus des autres ?
    merci mon Dieu de nous rappeler que nous ne sommes pas
    là pour être servi mais pour servir les autres.

  10. Redigé par Nine:

    Comme vous, je crois parfois avoir été « bonne » parce que j’ai fait mon show, que je me suis écoutée parler et me suis chaudement applaudie,
    C’est moche! Heureusement, parfois on s’en rend compte et on peut rattraper l’affaire…
    Hors sujet ou presque, je découvre le jeûne (un peu à cause de Medjugorje, mais pas seulement). En fait, ça rejoint le texte que vous citez, parce que s’enfoncer dans un silence intérieur, dans une certaine austérité, un dépouillement, on dirait que ça me fait du bien, peut-être parce que je n’ai plus de disponibilité que pour l’essentiel, que je n’ai plus de place pour ce qui n’est pas important (quoique j’en garde toujours un peu!). Ca décape.
    En route avec vous pour chercher ce qui nourrit…

  11. Redigé par deniseLep:

    Oui notre assurance ne peut venir que du fin fond de nous-mêmes : notre intimité pacifiée, sereine, tranquille qui nous fait nous reconnaître dans le regard de Dieu et prendre conscience de notre « vrai moi », car cette connaissance de nous-mêmes est indispensable pour pouvoir « être nous-mêmes ».

    Quand on a saisi, autant que cela soit possible, ce que l’on est ou doit être vraiment, il me semble que nous sont données et l’humilité et l’audace, car les deux sont indispensables, pour vivre ce que nous avons à vivre au quotidien.
    Un ego dilaté risque d’être bien vite insupportable, mais un ego inexistant l’est tout autant.
    « Que ton oui soit oui, que ton non soit non »
    Je reviens souvent à cette phrase ! elle me semble pouvoir être une bonne clé de nos comportements et faciliter le passage du courant et de l’estime entre les uns et les autres.

  12. Redigé par mona:

    Jésus ne nous invite-til pas à la confiance ?
    A ceux qui le rencontrent avec foi,il dit: » Confiance , tes péchés te sont remis . »
    Donc , si péchés il y a , nous pouvons compter sur son pardon et la confiance revient !
    mona

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