Archive pour le décembre 3rd, 2011

premiers chrétiens

Samedi, décembre 3rd, 2011

Cette semaine ma petite tempête professionnelle se poursuit, tempête tumultueuse, fatiguante, éprouvante émotionellement, mais qui n’en reste pas moins qu’une tempête professionnelle.

Et au milieu de tout ce bruit et de toute cette fureur, se présentent à moi coup sur coup deux témoignages acceptés des mois auparavant et qu’il me faut bien honorer. Je n’ai vraiment pas la tête à ça. Pourquoi aller raconter à des inconnus mon histoire, toujours la même histoire de ma rencontre amoureuse avec Jésus, alors que j’ai mille choses urgentes à faire et que mon téléphone ne cesse de vibrer dans ma poche  ?

Le premier témoignage se passe très tôt un matin de semaine, devant une centaine d’élèves de première. Je contemple leurs visages tout neufs, esquisses d’adultes en devenir. Je me sens vieux et fatigué avant même de commencer.

J’en sors une heure et demie plus tard, rempli d’énergie, d’optimisme et de gratitude envers Jésus. Jésus se montre à moi quand je parle de lui. C’est peut-être pour cette raison que je parle sans cesse de lui.

Je retourne dans ma tempête, aussitôt happé, mangé tout cru.

Le second témoignage se passe à Lyon, un soir. Jusqu’aux dernières minutes de TGV, je suis au téléphone, avec des gens furieux qu’il faut remettre à leur place ou d’autres, déçus et blessés, qu’il faut consoler avec délicatesse.

Et me voilà dans une salle remplie d’adultes qui attendent. Je m’étonne qu’on ait envie de me voir. Ce sont sans doute des gens en demande ; il y a les croyants fervents qui viennent se faire plaisir et les catholiques endormis, qui doutent, qui ne ressentent plus grand chose et qui aimeraient trouver ou retrouver un étincelle qui pétille dans leurs tripes.

Je rentre le lendemain dans un autre TGV, le coeur encore rempli d’émotions, après cette soirée de partage.

Il me semble qu’à chaque fois, en racontant ma rencontre amoureuse avec Jésus, une magie particulière s’opère, entre l’image que se font ces chrétiens d’une Eglise ancienne, majestueuse, académique, référentielle et aussi critiquable… et l’image que j’en ai, qui les réveille un peu ; l’Eglise est pour moi un jeune club qui possède deux trésors inoxydables, la parole de Dieu (une parole vivante, révolutionnaire, émouvante, parfois scandaleuse), et ceux qui composent cette Eglise, à savoir les chrétiens lambdas.

En regardant ces visages qui m’écoutent, qu’ils soient jeunes ou ridés, fatigués ou plein d’entrain, je m’aperçois que nous sommes tous des premiers chrétiens. Laissons de côté l’histoire de l’Eglise derrière laquelle nous nous abritons quelques fois, oublions notre propre histoire personnelle, faite de souffrances qui nous empêchent parfois d’avancer, pour considérer un fait tout à fait surprenant : Jésus s’adresse à nous aujourd’hui, maintenant et chaque jour. De même que Jacques et Pierre, qui, sans sourciller, laissent tomber leurs filets, leur gagne-pain, pour suivre cet inconnu qu’est Jésus, acceptons l’inimaginable : nous sommes appelés, invités au festin du Seigneur chaque jour, maintenant, tout de suite.

Le passé n’existe pas. Nous sommes des premiers chrétiens qui devons nous lever, inventer notre chemin personnel, construire l’Eglise d’aujourd’hui. L’Eglise n’est pas une institution impressionnante… Ca, c’est une illusion. L’Eglise, c’est nous, maintenant, tout de suite.

Nous vieillissons, puis mourons.

La parole de Jésus reste, étonnamment intacte. Et elle s’adresse à chacun d’entre nous, maintenant, tout de suite, chaque jour.