Archive pour le décembre 31st, 2011

Rencontre

Samedi, décembre 31st, 2011

Je n’y pensais plus, quand le jour est arrivé.

Plusieurs semaines auparavant, une responsable de l’Arche m’avait contacté en me suggérant de rencontrer Jean Vanier. « Votre façon de parler de Jésus lui plaira… » avait-elle ajouté.

Je n’avais pas osé lui avouer mon ignorance : je ne savais ni ce qu’était l’Arche, ni qui était ce Jean Vanier. Mais j’avais accepté le principe d’une rencontre. Quand il s’agit de Jésus, je ne m’inquiète pas trop.

La veille du rendez vous, j’ai cherché sur Google et glané quelques informations rudimentaires sur cette belle association qui permet aux handicapés mentaux de vivre une vraie vie paisible.

Je suis parti en voiture pour Trosly, un petit village paumé à une heure de Paris, en remerciant l’existence de mon GPS et en me demandant de quoi nous allions parler avec ce vénérable inconnu.

Après m’être perdu un peu, j’ai fini par trouver une maisonnette dans le village. J’ai frappé à la porte.

Qu’était-je venu faire dans cette galère ?

Un très grand et beau vieillard m’a ouvert la porte. On aurait dit un acteur américain à la retraite, un Gregory Peck ou un John Stewart vieilli mais toujours beau.

« C’est vous, le monsieur que j’attends ? » m’a-t-il demandé. Je suis entré dans sa demeure. Il m’a fait un café de fortune et nous nous sommes assis l’un en face de l’autre dans un petit salon.

Comme toujours, j’ai préféré être franc : « Je ne sais pas pourquoi on se voit, pour vous dire la vérité… » Il a ri franchement : « Moi non plus, je ne sais pas qui vous êtes… Heureusement, la vie nous réserve encore quelques surprises! »

Il a commencé à me raconter sa vie, comment a treize ans il a rompu le cordon ombilical avec son père en lui annonçant qu’il souhaitait s’engager dans la Marine et comment son père lui a dit qu’il réprouvait ce choix mais qu’il lui faisait avant tout confiance. Puis comment, à Harlem, des années plus tard, il avait ressenti un appel vers les plus pauvres. « Etre chrétien, c’est vivre avec les pauvres » me dit-il. Puis sa découverte des handicapés mentaux, plus que maltraités dans les institutions, et son choix presque naturel de les accueillir chez lui…

Je lui raconte à mon tour qui je suis, ma rencontre avec Jésus. Devant le regard clair et ému de Jean, je suis ému à mon tour. Plusieurs fois ma voix s’étrangle. Il me sourit en silence, m’encourageant à poursuivre.

Nous parlons ainsi presque deux heures.

Quand je repars, j’ai la certitude d’avoir rencontré Jésus une fois encore, comme les disciples d’Emmaüs.